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ROCE - Top Depart

, 22:05 - Lien permanent

Dans le petit printemps que beaucoup semblent attribuer ces jours-ci au hip hop français, Rocé figure en bonne place. Un rap sérieux mais pas trop casse-couille, des textes au-dessus de la moyenne, un titre de haute-tenue inspiré par Brel ("On s’Habitue") et le parrainage de DJ Mehdi ont légitimé l’attente qui a précédé ce premier album, sorti en tout début d’année. Tout devait donc se présenter sous les meilleurs auspices pour José Kaminsky, jusqu'à ce qu’un très décevant maxi avant-coureur, On nous Protège, relativise grandement ces espérances.

ROCE - Top Depart

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Top Départ, malheureusement, confirme la désagréable impression laissée par ce titre. Certes, le MC a les textes. Il est même l’un des rares à pouvoir se hisser sans ridicule à la hauteur d’une vieille ambition rap française : renouer avec les auteurs à texte et avec la chanson réaliste. Pour preuve, à titre d’exemple, les très justes portraits de frustrés dressés sur "Il Assume pas", des paroles très fortement conseillées aux rappeurs français tentés par les poses faciles. Certes, Rocé donne finalement dans ce genre souvent écoeurant de moralisme et de bonne conscience qu’est le rap conscient. Mais son rap conscient à lui est complexe, nuancé, nourri davantage par l’autocritique que par les principes creux habituels et capable de dresser un procès au genre musical auquel il appartient ("Plus d’Feeling").

Rocé avait donc une sérieuse carte en main pour transformer son premier album en événement. Mais voilà, tout le reste du jeu est faussé, toutes les tactiques et les dispositifs mis en place s’avèrent de mauvais choix. Le rappeur a beau s’être entouré de nombreux beatmakers, son frère DJ Ismaël, Ol Tenzano, Dave 1, et bien sûr DJ Mehdi, les productions sont bien souvent convenues et insipides. Le sombre "10/10" laisse bien un moment espérer une coupure dans cette banalité désespérante, mais le morceau tourne finalement à vide sur la longueur.

Le phrasé uniforme et saoulant de Rocé tient lui aussi sa part dans ce gâchis. En insistant constamment sur la fin de chaque vers, le rappeur donne parfois l’impression d’être un écolier trop appliqué, tout heureux de montrer à son maître que son poème rime. Cette scansion répétitive vient laminer et ruiner périodiquement le propos. Tout comme l’intervention de JL sur "Qui nous Protège", dont les paroles paranoïaques teintées de misogynie viennent très clairement abaisser le niveau.

Le rap français a vraiment un problème si les artistes censés prouver qu’il existe une alternative aux clichés véhiculés par les radios s’avèrent aussi décevants. Rocé le rappelle cruellement sur Top Départ. Certes, le MC a de bons textes, il respire l’intelligence et la sincérité. Mais les textes, l’intelligence et la sincérité n’excusent rien. Ni sa diction linéaire et laborieuse, ni ses beats indigents et sans surprise, ni ses invités douteux. Presque rien, hormis l’excellent "On s’Habitue" et le bon "Plus d’Feeling", ne rééquilibre cet album dont le vrai titre aurait dû être Faux Départ.

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