Fake For Real

Depuis 1997 : critiques, dossiers, sélections et autres papiers, dédiés au rap (et parfois à d'autres musiques)
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4AM - Interview

, 22:12 - Lien permanent

Un peu moins d'un mois après Octavius/William Marshall, il était naturel que nous interviewions à son tour son compère et beatmaker 4AM, avec qui il a composé le très recommandable Electric 3rd Rail en 2000. Une interview qui s'imposait d'autant plus que le même sort ses jours-ci son propre album solo, Sex, Darwinism & the Jungle of Hades.

Comment es-tu devenu musicien, quel est ton parcours musical ? J’ai cru comprendre que ton père était tromboniste…

Mon père jouait du trombone dans un groupe de funk, il me filait sans arrêt des disques quand j’étais môme. Je n’avais pas vraiment de jouets, mais un 8-pistes et une platine Fisher Price que j’ai cassés. Aussi loin que je m’en rappelle, j’ai toujours joué de la musique. Mes parents ont des photos de moi à deux ans en train de jouer avec des disques.

4AM (4H du matin), c’est l’heure à laquelle tu te couches ou celle à laquelle tu te lèves ?

Mon ancien nom de DJ était "Superfly", en référence à la BO signée Curtis Mayfield (cet album a changé ma vie), mais après, Dr. Dre a lancé un artiste appelé "Superfly", ça m’a décidé à changer de nom (alors que je l’avais déjà tatoué sur mon épaule). Quoi qu’il en soir, après avoir essayé des noms différents, j’ai regardé ma montre une nuit juste avant de me coucher et j’ai réalisé que je me couchais chaque fois à 4H du mat (c’est pas vraiment que je menais une vie festive mais mon job me faisait finir de nuit 5 jours par semaine). Il y a aussi que 4H du matin est vraiment une heure riche et particulière, c’est un moment très étrange et très calme dans la journée, c’est souvent à ce moment là que les gens qui ont veillé toute la nuit commencent à philosopher.

Quand as-tu rencontré William / Octavius ?

J’ai rencontré William juste après qu’il ait emménagé à Fresno (la ville où j’habite). Il bossait avec des gens que je venais de rencontrer, et finalement, après avoir enregistré le premier Octavius EP (Dissent and Dissention), il a commencé à monter un groupe live et m’a proposé de le rejoindre. Nous sommes cinq : moi-même, Autumn (sur le EP 3rd Rail et sur mon album), William, Taron Barefield (qui est aussi sur 3rd Rail et sur mon album et DJ Astro, quelqu’un que nous ne fréquentons malheureusement plus.

Quand et comment avez-vous commencé à faire de la musique ensemble ?

On a commencé à bosser sur des titres en live autour de fin 98 début 99 je crois. A ce moment là il y a eu une cassure et William et parti pour Hawaii. J’ai commencé à bosser à l’automne sur certains trucs, et dans le courant de l’hiver 2000, William s’est installé à San Francisco et m’a demander de bosser avec lui pour 3rd Rail.

Quelle était l’implication de chaque musicien sur Electric 3rd Rail ?

Les mots et les concepts du projet sont venus de William. J’ai écrit et produit la musique (il a choisi les plages qu’il a voulu à partir de trucs sur lesquels j’avais bossé pendant son absence), Autumn dit quelques mots, Taron Barefield a coproduit "4 :31" et John Wilson a joué quelques solos pour moi un jour et c’est devenu l’élément qui a permis à ce disque de se faire, ça a été une expérience assez étrange en fait.

William a donc rappé et les autres ont fait les beats ? Ou est-ce un peu moins simple ?

Octavius c’est vraiment le concept de William, qui va chercher les gens capables de l’aider à concrétiser sa vision, comme le faisait Miles Davis avant lui. Il avait une idée de base pour le disque, on a eu la chance de parler les yeux dans les yeux du son qu’il voulait et tout est parti de là. 3rd Rail était vraiment une collaboration, c’est pour ça que ça a été baptisé Octavius et 4AM, c’était moitié mon truc, moitié le sien, le tout agencé autour d’un concept unique.

J’ai récemment interviewé William et je lui ai parlé de l’apparition de John Wilson de Meat Beat Manifesto sur votre premier album. Il m’a répondu que c’était ton ami. Comment vous êtes vous rencontrés ?

Ce n’est qu’un coup de chance. Eb fait, John est de Fresno (en Californie, sans doute la ville la plus notoirement déprimante de l’Etat). Il bossait chez un disquaire local où j’ai moi-même bossé et que je fréquentais, Spinner Records. On a commencé à discuter ensemble un jour. Il savait des tas de trucs en matière de disques et semblait connaître tout le monde. Au début, je croyais qu’il se la jouait (...), mais je suis finalement tombé sur une pub pour Meat Beat Manifesto (pour The Subliminal Sandwich) et j’ai découvert John dessus. On s’entendait bien et il m’a invité chez lui. Je suis arrivé avec mon 8 pistes et les titres de 3rd Rail et il a freestylé pour moi. Il m’a aussi servi un dîner et donné tout un tas de disques. C’est vraiment quelqu’un de bien et je regrette de ne plus trop être en contact avec lui. Il doit être à Los Angeles maintenant. Il a lancé un projet récemment, intitulé "pig in a can", sur le label Fedora. C’est des remixes de blues, et c’est vraiment bien.

Tu as des goûts éclectiques. Quelles influences sont les plus importantes pour toi, si elles existent ?.

La musique est toute ma vie, mes sons peuvent se résumer en quatre influences principales : Public Enemy, le rock shoegazer (Pale Saints, My Bloody Valentine, etc.), la soul des années 60 et 70 et le rocksteady (la vrai soul jamaïcaine). Mais je suis un fanatique de musique, il y a des millions d’albums qui ont eu un profond impact sur mon parcours d’artiste, le hip hop, le college rock avec lequel j’ai grandi, la soul et le funk de mes parents, le jazz de mes camarades étudiants, tout ce qui est touchant et bon, tant que c’est honnête c’est de la bonne musique.

Si tu as besoin que je sois plus spécifique, voici 10 albums sans lesquels je ne pourrais pas vivre :

1. MC Solaar - Prose Combat
2. Roberta Flack - First Take
3. Minnie Ripperton - Come to my Garden
4. Barbara Lewis - Many Grooves of
5. Marvin Gaye - What's Goin' on
6. Techniques - Run Come Celebrate
7. Pale-Saints - Half Life e.p. and In Ribbons
8. Johnny Ace - Memorial Album
9. Trojan Soulful reggae box set
10. Beach Boys - tous leurs albums de 1965 à 1976

Il y en a trop pour que je puisse les citer.

Bon, notre webzine est consacré au hip hop alors revenons-y. Tu es basé en Californie. Es-tu en relation avec les gens du West Coast Underground (Freestyle Fellowship/Project Blowed, Shapeshifters, Living Legends, etc…) ?

Je viens de la même ville que Planet Asia (NDLR : sic). J’ai failli le rencontrer une fois. Rasco et d’autres, Killa Tay, les Skhoolyard ont tous vécu à Fresno. William est pote avec plusieurs mecs d’Anticon. Nous avons tous les deux vécu un moment avec Pedestrian. Mes meilleurs potes rappeurs sont Freekshow : Digging Dessert, Fluid the Virus sont des types bien. Dan, qui fait maintenant partie d’Octavius est l’un des fondateurs de ce groupe, ils valent vraiment le détour.

Quelle est ton opinion sur l’évolution du hip hop, plus particulièrement sur des labels comme Def Jux, Anticon, Rhyme Sayers, etc...

Tous ces nouveaux trucs underground sortent de bonnes choses. Def Jux est vraiment grand, Anticon toujours intéressant. N’importe qui avec un quatre-piste et un graveur de CD peut sortir un album maintenant. Il y a des types qui sortent du lot et qui n’auraient jamais pu être signés autrefois, des mecs qui n’auraient jamais touché ni un mic ni une platine sont maintenant reconnus. Je suis un vieille baderne en matière de hip hop. Je viens de la vieille école de la fin des 80’s et du début des 90’s. J’ai commencé le djing autour de 94-95, sur des radios underground et étudiantes, à des concerts et à des fêtes. J’appartiens à la culture hip hop. Nous avons à peu près le même âge, c’est le mouvement de ma génération, mais j’ai du mal avec 99% de ce qui sort aujourd’hui. Les derniers albums qui m’ont bien plu sont ceux de Mike Ladd, Sach, Ini, Princess Superstar, Public Enemy. En matière de musique, j’aime les gens qui font des choses de leur âge. Je suis à mi-chemin de la trentaine. La dernière chose que j’ai envie d’entendre, c’est quelqu’un de plus vieux de moi qui essaie e rapper pour un type deux fois plus jeune. J’ai aussi tendance à penser que The Nonce et le second album des Boogiemonsters sont très sous-estimés ....

Venons-en à ton album solo. Il a été repoussé à plusieurs reprises. Quand sort-il et où sera-t-il disponible ?

Cet album sort le 26 Novembre. On essaie de le sortir sur une échelle mondiale. Il sera disponible à partir de www.justoneent.com. Il a connu 5 versions en l’espace d’un an et demi, des tas de problèmes, mais finalement il est fini et j’en suis fier. C’est vraiment un disque sur ma vie, tout sera dans le dossier de presse, je t’enverrai le tout.

Tu peux nous préciser les idées que tu as mises dans cet album ?

Il y aura un thème de base. Il n’y a plus beaucoup d’albums qui ont un son ou une idée unique de nos jours. C’est toujours 5 à 10 producteurs au goût du jour qui accompagnent un chanteur sur tous les thèmes qui lui passent par la tête. Je crois que mon album est plus personnel. Il tend à toucher les gens différemment, il en déprime certains, un de mes collègues l’a même trouvé affreux, et il l’est sans doute. La vie est aigre-douce, l’album l’est aussi. Il peut se révéler offensif, ou accueillant. Tout cela est dans le dossier de presse. Il y a une influence particulière assez cool à mon goût (tu vas trouver ça débile). J’écoute pas mal de vieux feuilletons radiophoniques (des trucs d’avant la télé). J’en ai tiré pas mal d’extraits et de concepts.

Et à l’avenir ? Tu continues une carrière solo, tu rejoins Octavius, tu collabores avec un autre artiste, tu crées un nouveau groupe ?

Nous sommes en train de bosser sur le nouvel album d’Octavius. Je prépare un projet spoken word avec Devoya Mayo. Dan d’Octavius est sur un projet dans lequel j’aimerais bien m’insérer et j’ai récemment fait un remix pour DJ Zeph et Azeem qui devrait sortir sur un gros label aux alentours de mai l’an prochain.

Finissons par les questions habituelles. Qu’y a-t-il sur ta playlist en ce moment ?

Sach - Suckas Hate Me
Beth Gibbons
Brenda and the Tabulations
MC Paul Barman - Paullelujah
Lost Generation - Young Tough and Terrible
Beach Boys - Smile Bootleg
Donovan - Hurdy Gurdy Man

Des tas de disques d’occase (des trucs à un dollar voire à moins)

Tu connais des musiciens ou des rappeurs Français ?

J’aime vraiment bien le rap français. On va dire que je suis mou, mais j’adore Solaar, j’ai tous ses disques. Serge Gainsbourg bien sûr. NTM, IAM, Soon E MC, Menelik, DJ Cam. J’écoute tout ce que je trouve (des suggestions ?).

On peut espérer te voir en Europe ou en France un de ces jours ?

J’aimerais bien. Quand tu viens d’une ville comme la mienne, voyager devient vital. J’ai comme le sentiment que l’Europe ou la France seraient plus réceptives à ma musique. Je rêve de voyager et d’abandonner mon job.

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