Fake For Real

Depuis 1997 : critiques, dossiers, sélections et autres papiers, dédiés au rap (et parfois à d'autres musiques)
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LOASO - Interview

, 23:12 - Lien permanent

Voici un oiseau dur à attraper. Habitué de l’enregistrement solitaire et en chambre au fin fond de la banlieue parisienne, Loaso le beatmaker n’est pas forcément la personne la plus facile à rencarder. Qui plus est, notre première interview du curieux volatile, volée l’été dernier au détour d’un concert des artistes Mush à Paris, s’est rapidement révélée proprement inécoutable et inexploitable. Il a donc fallu remettre ça, quelques mois plus tard, et soumettre à nouveau cet animal habituellement peu disert au supplice des questions. En voici le résultat.

Donc, Loaso deuxième édition. Toutes nos excuses après cette première interview serrée dans la foule avec des gens qui nous déconcentraient, et dont les bandes n’étaient pas franchement exploitables. On va donc te demander de tout redire. Quelle épreuve.

C’est parti.

Redis tout. On va commencer par le commencement. Loaso va nous résumer son parcours musical.

Mon parcours musical, il a commencé avec un groupe de punk rock avec les futurs Fresh Makers. Moi je jouais de la basse, je chantais aussi. Ca c’était le premier truc. Puis j’ai commencé autre chose avec le multipistes de Cédric (DJ Proteze). J’ai fait des petits bricolages, jusqu’à maintenant presque. J’ai évolué en fonction de ce que j’ai écouté.

Il y a quand même une transition assez nette. Tu faisais du rock et ce que tu fais maintenant, on ne peut pas franchement appeler ça rock.

Oui, il y a eu une transition. Je suis passé par un stade un peu influencé par Beck au début, et après à des trucs un peu plus trip hop, pour en arriver à ce que je fais maintenant.

A partir de quand as-tu plaqué tes "vrais" instruments ?

Je ne les ai pas plaqués en fait. Il m’arrive toujours de m’en servir, de faire quelques petits trucs. Mais on ne joue plus en groupe, voilà. Mais ça ne m’empêche pas de continuer à jouer un peu d’instrument.

Maintenant il y a les Fresh Makers d’un côté et Loaso de l’autre, même si vous vous fréquentez toujours. C’est une séparation nette et définitive ?

Non. Déjà ils participent à mes disques, Stepfather Swing scratche sur mes disques. Et c’est pas exclu qu’on fasse un truc un peu sérieux un jour ensemble. Et puis il y a des contraintes de temps. Il faut savoir que je suis à la fac, c’est dur à concilier.

Le premier truc que j’ai entendu de toi, Breaks no Brake, c’était ton premier "CD" ?

Oui c’est le premier CD mais j’avais fait plein de cassettes avant. Depuis que j’ai un multipistes en fait. Même si Breaks no Brake marque une période un peu plus hip hop.

Et le dernier, War Samplette, il est différent ?

Non. C’est assez rapproché quand même. Il y a eu un an entre les deux. J’ai chopé le concept de "war" petit à petit, en faisant mes morceaux. Et après j’ai essayé de les recoller pour que ce soit un peu plus cohérent. Il est quand même un peu plus soigné que Breaks no Brake, on va dire.

Tu les fais comment ces disques ?

Avec un ersatz de sampler sur ordinateur, pour faire tourner les boucles. Avec une espèce de séquenceur sur logiciel. Après je repasse sur un multipiste et je rajoute des trucs. Il y a une phase cassette que je rebalance après sur ordinateur pour faire une sorte de mastering. J’enchaîne les morceaux tout ça.

Tu considères ça comme du hip hop ou plutôt comme une démarche à la Beck ?

Je m’en fiche. Quelque part, je trouve que c’est une démarche plutôt hip hop. C’est quand même beaucoup de travail sur le sample, par rapport à Beck. Quand je parle de Beck c’est ma vieille période, qu’on soit d’accord.

C’est pas honteux Beck.

Non, d’accord, mais quand je vois ce qu’il fait maintenant, j’aime pas. Je préfère ce qu’il a fait au début, Mellow Gold, Stereopathetic Soulmanure, One Foot in the Grave.

Si ça n’est plus Beck, c’est qui aujourd’hui les grandes influences de Loaso ?

En hip hop, il y a quand même El-P. Et Mr. Dibbs on va dire. Je ne parle pas de ma playlist, je parle plus de mes influences, pour le travail sur les instrus.

Tu nous avais beaucoup parlé de Mr. Dibbs lors de la première interview.

Oui, j’étais bien dedans (rires). Je venais de l’écouter dans la voiture. Mais bon, pour y revenir, le travail n’est quand même pas pareil. Lui c’est plus un DJ.

Toi, tu n’es pas du tout DJ ?

Non. Plutôt producteur. A défaut d’avoir des platines, une table quoi. Si j’avais une table je ferais peut-être des trucs.

Et comme tu as été chanteur, tu envisages de chanter, ou de rapper sur tes instrus ?

Non. J’ai juste chanté sur la Cassette Méchante.

La Cassette Méchante ???

Oui, je te la filerai si tu veux l’écouter.

Bon, il y a la question qu’on pose à tous les artistes français : que penses-tu de la nouvelle scène hip hop émergente en France ?

En tous cas, l’album de TTC, il m’a déçu. C’est juste mon avis. Je pense que j’espérais plus, du fait qu’il sorte chez Big Dada. J’ai pensé qu’il serait plus convaincant, surtout au niveau des musiques en fait. La Caution, sinon, ça m’a lassé plus que vraiment déçu.

D’autres artistes en France sinon ?

Le Klub des Loosers, "Baise les Gens" est un bon morceau. Le mix d’Orgasmic, qui est pas mal. Mais sinon, je n’écoute pas trop de rap français. A la rigueur, des vieux trucs de rap français genre NTM, des très vieux Ministère Amer. Ils sont à Sarcelle, tous près d’ici en plus. Et puis il y a d’autres trucs que je ne connais sûrement pas.

Donc, si ce n’est pas le rap français qui t’intéresse je suppose que c’est le rap américain. Tu as cité El-P et Mr. Dibbs comme influence, mais outre les influences, les trucs que tu écoutes ?

En ce moment il y a MF Doom. Les autres trucs de Def Jux genre Mr. Lif. Sinon, Vadim, Anti-Pop. Dose One et tous les OVNI d’Anticon.

Tu distingues les OVNI des autres ?

Oui. Il y a des trucs que je trouve un peu moins bon, auxquels j’ai du mal à accrocher, Sage Francis par exemple. Mais bon, je ne connais que ces vieux trucs, les Sick of…. J’accroche plus à des trucs genre Themselves. cLOUDDEAD aussi. Sinon, j’écoute pas mal de trucs old school, et plein de trucs qui ne sont pas du hip hop. De la vieille funk. Toute la période des années 70… comment dire… indépendante, pour l’époque. Can, Gong, voire même Jimi Hendrix et les Doors. Tout ça j’aime bien. Des trucs psychédéliques un peu pompants.

Pompants ? Grandiloquents ?

Oui, voilà. Les vieux Pink Floyd. Plus des petits trucs de jazz.

Et les trucs actuels ?

Pas trop de pop. Dans les trucs actuels que j’écoute il y a beaucoup de hip hop. Un peu de rock. Et encore, c’est pas des trucs trop actuels, c’est plutôt Primus ou des trucs comme ça. Un peu de rock mais pas trop.

Pour l’instant, ils sont plutôt confidentiels tes CD. Tu prévois de monter en puissance ? J’ai l’impression que tu fais tes CD, et qu’après ce sont d’autres gens qui en font la pub.

Oui (rires). Je ne sais pas trop me vendre déjà. Et puis je relativise. Il y a peut-être un petit manque de motivation. Mais je me sens capable d’assumer une petite auto-production, de vendre au goutte-à-goutte, sur Internet par exemple.

Mais chercher un label ?

Pas pour l’instant. Je préférerais faire mon label plutôt qu’en chercher un (rires).

Tes disques font très chanson, très hip hop à écouter chez soi. Mais Loaso on stage c’est quelque chose d’imaginable ?

Oui, pourquoi pas. Par contre je ne pourrais pas être tout seul, il faudrait plusieurs personnes. Avec un sampler puis des vrais instruments, un peu plus adapté à la scène. Il faut que ça arrache. Je reprendrais ma basse. Ca ne serait sûrement pas la même chose je pense.

Tes projets concrets dans les mois à venir ?

Pour l’instant pas de projet vraiment. En ce moment je me remets à jouer de la basse. Mais j’ai rien de défini encore.

Tes morceaux, même si c’est des instrumentaux, même s’ils évoluent, ils ont quand même un schéma chanson. Tes morceaux, on les écoute une fois et on les reconnaît, on les retient. Tu es d’accord avec ça ?

Oui. Ca ne m’intéressait pas de faire des instrus pour l’instru. Je voulais que ce soit un peu fini. Pour compenser un peu le manque de voix, je voulais faire des chansons un peu construites. J’aurais sans doute besoin d’adapter si un rappeur venait poser sur mes trucs.

C’est faisable, un rappeur sur les sons de Loaso ?

Oui je pense. J’ai assez écouté de trucs bizarres pour savoir qu’on peut mettre un rappeur sur n’importe quoi. Sur un peu de tout plutôt. Mais je ne vois pas qui, il faudrait le trouver. Surtout en français. Donkishot fait des trucs avec les Fresh Makers maintenant. Il faudrait trouver un autre rappeur pour Loaso à la rigueur. Ou peut-être essayer avec des gens pris au hasard. Mais je ne sais vraiment pas qui.

Et toi, tu n’as jamais essayé de rapper, en tant qu’ancien chanteur ?

Non. Dans ma chambre à la limite. C’est un truc à travailler quand même. J’aurais peur de ne pas être bon. Je me rappelle quand j’étais un chanteur, c’était pas… J’étais plus un hurleur en fait (rires). J’avais un micro qui n’avait pas beaucoup de son il faut dire. Il fallait combler le manque du micro avec les cordes vocales (rires). Là je ne me vois pas trop.

Tu sais qu’on a déjà interviewé tes amis des Fresh Makers, et ils nous avaient expliqué à l’occasion que c’était toi le grand crate-digger qui allait leur chercher des trucs absolument introuvables. Alors c’est quoi la pratique du crate-digging selon Loaso ?

Du crate-digging quoi. Je fais souvent les brocantes le dimanche matin. Quand il fait beau. J’en profite pour acheter d’autres trucs, des petites lampes, des petites babioles. Mais c’est clair que tous les bacs de vinyles que je vois, je mets le nez dedans. Au début, je faisais mon choix, mais maintenant, tu te dis de n’importe quel disque que c’est du bon. T’achètes.

Tiens, par exemple, la matière première de tes CD c’est combien de disques.

Je ne sais pas. Je ne sample pas les trucs que j’écoute sur le moment. C’est plus des trucs un peu vieux. Ca doit faire un petit moment que je connais.

Ils en regorgent tes disques. Tu passes un temps fou à les préparer ?

Non. A la rigueur, renouveler entièrement les samples ça met du temps Mais la musique elle est rapide à faire. En général je lance un premier jet, je le laisse s’endormir, je fais d’autres trucs en attendant, et après je reviens dessus. Sur des trucs à froid. Mais faire la musique en elle-même ça va vite.

Ta playlist du moment ?

01. Hawd Gankstuh Rappuh Emsees wid Ghatz: 2 Hype 2 Wipe
02. MF Grimm: The Downfall of Ibliys
03. Mr. Dibbs: Random vol2
04. Mr. Lif: I Phantom
05. Themselves: The No Music
06. Donkishot: Sortez vos Mouchoirs
07. Gong: Camembert Electrique
08. Funkadelic: Maggot Brain
09. Quasimoto: The Unseen
10. Madlib: The Crate

Cette playlist vaut pour cette semaine.....dans trois jours elle aura changé... Néanmoins elle peut être perturbée par l'envie d'un disque indémodable pour moi comme:

APC: Tragic Epilogue
Company Flow: Little Johnny from the Hospital
Beastie Boys: Check your Head ou Ill Communication
The Mothers of Invention: Uncle Meat
Can: Tago Mago

Pour finir, y a-t-il un message particulier que tu veux faire passer au monde ?

Ah non, je ne sais pas.... Arrêtez la guerre. N’allez pas en Irak (rires).

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