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Depuis 1997 : critiques, dossiers, sélections et autres papiers, dédiés au rap (et parfois à d'autres musiques)
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DONKISHOT - Interview

, 22:48 - Lien permanent

La citadelle (ou le moulin à vent) du hip hop français ayant subi ses premiers coups de butoir ces deux dernières années, un étroit chemin s'ouvre désormais à tout rappeur soucieux de s'exprimer autrement que par wannabisme. Sans nul doute, Donkishot est le plus entier et le plus talentueux de ces artistes naissants ou encore à naîtres. Deux disques complémentaires et difficilement trouvables (à part sur donkishot.com) ont récemment prouvé tout le bien qu'il est fondé de penser de Donkishot : une compilation de premiers morceaux crus en forme de déflagrations (Donkinaute VIP) et un premier album plus posé (Sortez vos Mouchoirs). Dans la foulée de leur sortie, mais aussi d'un "Baise mon Cul" brutal et exutoire qui rend malheureusement bien mal justice au talent du personnage, Donkishot a accepté de répondre à nos questions.

On peut écouter des titres datant du milieu des années 90 sur ton site web. Donkishot, c'est si ancien que ça ?

Depuis le XVIIe siècle j'acère mes rimes hémorragiques, macère mon hémoglobine à l'écart de tous, retiré dans mon donjon, affine les lignes de mes sons comme un chirurgien spécialisé dans l'esthétisme électronique. Dorénavant il est temps que je parte à la quête de mon public, que j'assouvisse mon penchant naturel à déchiqueter chaque lobe de ce globe.

Une histoire de ton parcours (du combattant ?) au sein du hip hop en France ? Et tout d'abord, pourquoi le rap ?

Je rape pour me venger. Je rape pour faire mal à celui qui m'écoute. Je rape pour moi. Pourquoi le rap ? Parce que c'est de l'énergie pure et brute qui convient parfaitement à un besoin viscéral de donner des coups de crocs. Le rap participe à mon équilibre, je vide mon sac, exorcise mes démons en les emprisonnant dans un CD et passe à autre chose, j'ai pas mal de colères à évacuer dans les mots. Ainsi je reste à peu près vivable pour mon entourage, le rap me protège de moi-même.

Mon parcours ? J'ai commencé à rapper à la fin du collège avec Rické.M, un pote plus barré que moi, notre groupe s'appelait "Mic'phonology". Etant plus productif, j'ai commencé à enregistrer des solos chez Temana, le gars qui nous faisait les sons ("Mes escaliers"). Puis très vite, me suis mis à produire : "Mais que faisons-nous sur Terre?" et "Dans la peau d'un Clodo", les premiers morceaux 100% Donkishot, nous sommes en 95. Ensuite, j'ai rencontré GDC sur un playground du quartier, après un 2/2 sauvage, on a gardé contact, commencé a freestyler ensemble, 8 étages au dessus de chez lui, c'est à dire chez moi, au 22e étage ; il ramenait sa "mixette", son micro, pour des sessions endiablées : nous sommes en 96-97. Une sorte de grand frère qui m'a poussé, "Restauration Rapide" est sorti en 2001, mais je me sentais bridé, étouffé, faire des backs en concert et trouver des thèmes pour les autres n'étant pas ma vocation. Un an plus tard une rumeur circulait comme quoi j'avais arrêté le rap, en fait j'avais pris du recul pour monter une structure et sortir un premier album : Sortez vos Mouchoirs uniquement trouvable sur donkishot.com (single pub!).

Je ne vais pas te demander "pourquoi Donkishot ?", mais plutôt quels sont tes moulins à vent et si tu as un Sancho auprès de toi ?

Mes moulins à vent sont les mêmes que les tiens je pense, ceux qui parsèment la vie d'un être humain ordinaire. Concernant Sanshow, oui, il en existe un, et comme jadis, il me raisonne, parfois en vain !

Pourquoi ton premier album officiel ne contient-il que des inédits ?

Parce que j'ai trop de titres à sortir, des petits lutins maléfiques qui me torturent nuit et jour en me jetant à l'oreille : "Veux sortir ! C'est moi le meilleur ! Veux sortiiiiiir !"

Je trouve Sortez vos Mouchoirs beaucoup plus fini, beaucoup plus cohérent, beaucoup plus fignolé que les titres que tu as réunis sur le Donkinaute VIP, mais en même temps en retrait par rapport aux décharges de 100 000 volts qu'on trouve sur ce premier album confidentiel, comme si tu t'étais retenu. N'as-tu pas eu peur de ta propre musique et de tes propres paroles ?

Je conçois un album comme un tout cohérent et écoutable d'une traite. Non une compilation de "titres-maxis" épars et illogiques. Oui "Sang toi" m'a fait peur. Certains m'ont approché avec l'idée surexcitante de fréquenter un psychopathe sanguinaire, et ont été déçus de rencontrer un grand dadais complètement flippé de la tête aux pieds. Etre un objet de fantasmes ne m'intéresse pas, je fais de la musique pour celui ou celle qui ne cherche plus un papa ou une idole.

"Ce n'est que l'Intro" devait apparemment figurer sur Sortez vos Mouchoirs. Pourquoi ne pas l'y avoir mis (perso, avec du recul c'est mon titre préféré de DKS avec "Insomnia") ?

Un album mérite des thèmes plus construits et plus universels pour qu'il soit "éternel".

Contre qui en as-tu ? Contre toi, contre les autres, ou les deux sont-ils la même chose ?

Les deux sont la même chose. Avec des titres comme "Alcools" ou "Pas touche à mes Neurones", on pourrait croire que je ne bois pas d'alcool, ne fume pas de joints, pourtant si. Je suis un homme avec des faiblesses que je déteste, j'essaie de les enterrer par moment. Je suis mon propre cobaye pour pouvoir pondre des chansons piquantes de réalisme.

Sortez vos Mouchoirs est sorti il y a quelques temps. Quel accueil a-t-il reçu à part le nôtre ?

Des accueils violents qui ont abouti à un passage sous silence de son existence. Il n'a même pas eu droit à une brève annonce dans la presse dite "spécialisée". Sinon sur le webzine ricain hiphopinfinity, une fabuleuse chronique écrite par un américain qui parle moins bien l'anglais que moi et apparemment ne comprend rien au français non plus ! Sur ce site, Sortez vos Mouchoirs est le disque le plus mal chroniqué avec un certain Mathew de Kool Keith, et Plantation Rhymes de Bigg Jus, deux de mes disques préférés.

Peux-tu me donner un avis sur ces deux artistes : Léo Ferré, Costes ?

Léo Ferré créait des chansons chaque seconde, à la fin ses rimes étaient tellement personnelles qu'il fallait être un de ses proches pour les comprendre. Sa musique est forte, très forte, peut-être trop forte, tu ne peux pas l'écouter tous les jours. Costes. Derrière ses provocations se cachent des morceaux très cinématographiques. Des albums-concept trashy. Je n'ai jamais tant rigolé qu'en écoutant "NTMFN" !

Une question subsidiaire. Je me faisais honneur de l'éviter à tout prix à l'origine, mais le récent 'Baise mon Cul' a remis le sujet au goût du jour : deux mots sur le Paris Clash ?

Tout est dit dans "Baise mon Cul".

Tu as freestylé sur plusieurs radios. Mais peut-on te voir en concert ?

Oui. Seulement avec des lunettes spéciales.

Qu'en est-il de tes quelques collaborations avec les Fresh Makers ?

J'ai découvert l'énergie que dégagent un MC et un DJ. La base du hip hop que je ne connaissais pas puisque n'ayant jamais collaboré avec un DJ avant. Ils font du "gros gros son" aussi.

Tes projets à venir : albums, maxi, ep, collaboration ?

Qui vivra verra.

Playlist du moment ?

"Du moment" ça va être difficile, j'ai du mal à dissocier une "playlist du moment" à celle de "tout le temps" mais bon, on va essayer :

Robert Milesi - Sur la Route vol.1
Sensational - Loaded with Power
Maurice Larcange - Le Pt'it Bal A Momo
Les Freshmakers - La Leçon!!
Tracey Collins - Bonjour Paris
Loaso - War Samplette
Silvio De Pra - An Evening with Silvio
Sheek - Sheek II
Shone - Dissection
Alain Bashung - L'Imprudence
Miossec - Brûle

Merci pour cet espace de libre parole. A plus tard.

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