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DONKISHOT - Sortez vos Mouchoirs

, 22:16 - Lien permanent

Donkinaute VIP, cette compilation des premiers titres de Donkishot réservée exclusivement à quelques internautes privilégiés, commençait par un titre, le meilleur de tous. "Ceci n'est que l’Intro", entrée brute de décoffrage dans le monde du rappeur, était destiné servir de point d'entrée vers son premier album officiel, Sortez vos Mouchoirs. Pour une raison qu'il faudra demander à l'auteur, cela n'a pas été le cas. Ce long titre explicatif et sans doute récent était pourtant le plus sérieux prémisse de ce que préparait Donkishot, le plus proche artistiquement des huit titres très attendus qui sortent aujourd'hui même et grâce auxquels le meilleur rappeur français en activité se présente au monde.

Autoproduit :: 2002 :: acheter ce disque

Amateurs de titres incendiaires, collectionneurs de maxis, fans de rap en somme, Sortez vos Mouchoirs risque de vous décevoir. Vous n'y trouverez aucun "Restauration Rapide", pas le moindre "Lolo", et encore moins de "Sang toi". Peut-être effrayé par ses propres excès, Donkishot semble avoir refréné ses instincts, canalisé ses pulsions. Il a mis du propre dans sa boutique et s'est construit un album qui surprendra en bien tout amateur de sensations longue durée par sa constance, sa consistance et l'agencement de ses thèmes. Sortez vos mouchoirs, Donkishot va vous faire chialer pendant 35 minutes et 8 plages sur la misère humaine, une misère d'autant plus cruelle qu'il s'agit de la vôtre, d'autant plus convaincante qu'il s'agit aussi de la sienne.

"Faut que ça vienne des entrailles", clame le rappeur dès le premier titre. Une horrible banalité à première vue, mais une leçon qu'a oublié le hip hop, qu'il soit conservateur ou avant-gardiste, et que Donkishot s'empresse de lui réapprendre. Les premières plages de l'album sont d'ailleurs une démolition en règle des mythes rap, de ce qu'il reste de l'imagerie hip hop / caillera. L'auteur tourne en dérision l'apologie de la fumette ("Pas Touche à mes Neurones"), raille les gangsters à deux balles dont les seuls hauts-faits sont des attaques de grands-mères ("Indignation"), invite à contourner l'industrie musicale par Internet ("Cyberapeur", le titre le plus faible du disque). Et puis, l'album ayant passé le cap de la moitié, Donkishot se désintéresse des autres pour se pencher sur lui-même, mais avec la même rigueur, le même refus total de toute indulgence. Car la haine est l'inspiration et la compagne de l'auteur ("Ma Maîtresse"). Qu'elle se tourne vers lui-même, et Donkishot fait part sur un ton dégingandé des épisodes les plus minables de sa vie ("Anecdotes").

Tout ceci, cependant, était déjà sur Donkinaute VIP, et parfois de façon plus voyante, plus dérangeante même. Donkishot n'a fait que ranger et classer l'ensemble, le rendre plus présentable. En fait, la véritable avancée de Sortez vos Mouchoirs est à chercher ailleurs que dans les thèmes : dans la musique. Jusqu'ici, les beats du rappeur ne faisaient qu'appuyer ses propos, souligner des paroles dérangeantes par des sons qui l'étaient tout autant. Il avait fait de nécessité vertu, et employé des éléments synthétiques par facilité, sans volonté apparente d'importer chez lui la musique électronique.

Bien lui en avait pris. C'est ainsi que Donkishot a pu apprivoiser ses sons, en tirer quelque chose de plus substantiel qu'une simple greffe. C'est encore grâce à cela qu'il livre aujourd'hui des productions d'une musicalité insoupçonnée auparavant. Le constat vaut presque partout, mais nulle part aussi bien que sur "Insomnia", la pièce maîtresse du disque. Ici tout est parfait. Cette situation en fin d'album, la volonté d'évacuer toute la bile accumulée sur les sept autres pistes par la fuite dans le sommeil. Ce retour et cette réponse au thème de départ, l'inspiration. Et cette instru. Cette instru...

Sortez vos Mouchoirs s'expose malgré tout aux critiques. Les banalités n'en sont pas tout à fait, Donkishot se livre parfois à des rimes faciles et téléphonées, même si le phrasé et les intonations pardonnent beaucoup. Et surtout, il se dissimule encore, et peut-être plus qu'avant, comme l'indiquent les effets redondants dont il maquille sa voix. Le rappeur connaît son moteur, l'aigreur, la haine, mais elle l'effraie trop pour qu'il tente un nouveau "Sang toi". Donkishot ne cache pas cette amante voluptueuse et terrible, il la présente, il l'officialise. Mais il faudrait encore qu'il l'épouse, qu'il s'habitue à vivre avec, qu'il n'en ait pas honte, puisqu'elle est là, présente, inébranlable.

Sortez vos Mouchoirs tape haut, très haut. Mais à coup sûr, ne s'y expriment pas encore toutes les potentialités de Donkishot.

PS : sur "Cyberapeur", Donkishot présente Internet comme le meilleur moyen de s'épargner les vicissitudes de la distribution et de la commercialisation des disques. Quoi de plus logique, dans ces conditions, qu'il faille acheter l'album sur son site, donkishot.com.

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