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ICE - Bad Blood

, 23:02 - Lien permanent

Bad Blood est un bon album. Mais là n'est pas son principal intérêt. Ce disque est avant tout un germe, une grille de lecture qui permet de mieux comprendre bien des sorties, bien des contributions, bien des orientations et bien des aventures musicales contemporaines ou futures à sa sortie, et menées par les prestigieux invités qui s'y côtoient.

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La première attraction sur cet album est sa guest list. Il est tout de suite frappant de constater que Ice, groupe à géométrie variable dont Bad Blood est le second album et dont Justin Broadrick (Godflesh, Techno Animal), Kevin Martin (Techno Animal, God), Dave Cochrane (God, Head of David) et Lou Ciccolelli (God, Fall of Because) constituent le cœur, ait réuni dès 1998 sur une même galette ni plus ni moins que DJ Vadim, Scott Harding (collaborateur de New Kingdom et Gravediggaz), Sebastian Laws (New Kingdom), Sensational, A Syde, Toastie Taylor (New Flesh for Old), Priest (APC) et El-P côté rap, et les ait associés à Blixa Bargeld (Einstürzende Neubauten, Nick Cave & The Bad Seeds), carrément, venu "chanter" sur la moitié des morceaux.

L'étonnement ne dure pourtant qu'un temps. Il y avait une logique après tout à ce que les gens de Techno Animal soient le lien commun entre ces univers, à ce que ces acteurs d'un groove trans-genres, sec et expérimental, s'illustrent ensemble. Il était presque naturel qu'un Blixa Bargeld, icône allemande du rock industriel, côtoie un El-P, celle d'un hip hop indépendant et fun-crusher, quand bien même les deux hommes n'apparaissent pas sur le même morceau.

Finalement et paradoxalement, Bad Blood est sans surprise. Il recèle à la note près la musique annoncée par cette imposante liste de contributeurs de tous horizons. Soit une suite de titres implacables, tous construits sur la même rythmique, lente, martelante, terroriste, irrémissible. Un bruit blanc souligné par de l'électronique, quelques raps et de constantes mélopées rauques. Un Tricky de groupe, un Neubauten hip hop, permanent et harrassant.

En dépit des nombreux collaborateurs, et parce que les titres s'efforcent de se ressembler les uns les autres, évitant en cela le syndrome du patchwork ou du gadget crossover, il est difficile de commenter Bad Blood autrement que comme un tout. Pourtant, quelques plages provoquent ici ou là, après quelques écoutes, un surcroît d'intérêt, comme "Trapped in Three Dimensions", le titre où apparaît El-P, qu'une guitare discrète rend le moins sombre du lot, comme "Dusted", sa basse glaciale et son chant agonisant, et comme "When 2 Worlds Collide", admirablement introduit par Priest, et qui réussit le tour de force d'offrir à l'album une apothéose sans rompre avec l'ambiance et la rythmique générales.

Bad Blood est un bon album (même si les personnes qui ont le premier album d'Ice, Under the Skin nous jureront leurs grands dieux qu'il était meilleur que ce dernier). Mais là n'est pas son principal intérêt. Ce disque est avant tout un germe, une grille de lecture qui permet de mieux comprendre bien des sorties, bien des contributions, bien des orientations et bien des aventures musicales contemporaines ou futures à sa sortie.

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