Fake For Real

Depuis 1997 : critiques, dossiers, sélections et autres papiers, dédiés au rap (et parfois à d'autres musiques)
Home

Aller au menu | Aller à la recherche

LA RUMEUR - L'Ombre sur la Mesure

, 23:22 - Lien permanent

L’Ombre sur la Mesure est l’une des meilleures choses sorties de notre pays ces derniers temps, une réussite inespérée pour cette portion majoritaire du hip hop français qui reste engoncée dans le corset inconfortable et inesthétique qu’elle s’est elle-même imposée. Une prouesse, en quelque sorte.

EMI :: 2002 :: acheter ce disque

Il y a tout sur cet album de La Rumeur, premier essai longue durée après trois maxis. Les beats jazzy indolents. Le minimalisme de bon aloi. Le ton grave. La noirceur excessive, dès le titre, dès la pochette et ses rappeurs encapuchonnés. L’hommage aux chers disparus. La victimisation ("A les Ecouter tous"). Un long hommage aux racines parcouru de poncifs (l’Algérie avec "Premier Matin de Novembre" et "Ecoute le Sang Parler", les séquelles de l’esclavagisme sur "365 Cicatrices", l’immigration et ses ingratitudes sur "Le Cuir Usé d’une Valise"). Bref, tous les passages obligés du rap français conscient sérieux de rue grave pas drôle normal.

Pourtant, L’Ombre sur la Mesure est bon. La raison en est vite repérable. Elle tient en un ou deux mots : la concision, le dépouillement. C’est une chance, les petits chaperons noirs de La Rumeur font subir un régime Weight Watcher au hip hop d'ici, et lui offrent un album homogène, fluide et naturel. De nombreux tics subsistent, plus dans les thèmes que dans le style. Mais la sévérité de l’album lui épargne le wannabisme congénital et l’aspect souvent laborieux de ce cancre de rap français.

Côté paroles, des propos crus et des formules lapidaires, comme l’impose un rap qui se veut immédiatement intelligible, excusent la paranoïa ambiante. Et le désespérant fatalisme général, dont ils reconnaissent eux-mêmes l’existence, n’exclue pas certains passages lucides. Côté beats, des boucles sobres, rétives à tout superflu, servent au mieux l’atmosphère poisseuse prédominante. La Rumeur, c’est heureux, ne lève le ton qu’à bon escient, au bon moment, avec parcimonie ("Le Silence de ma Rue") et ne flanche qu’à la fin, quand trop d'invités viennent se couler dans leur moule austère sur le pénible "A les Ecouter tous".

Évaluer ce billet

0/5

  • Note : 0
  • Votes : 0
  • Plus haute : 0
  • Plus basse : 0

Commentaires

1. Le dimanche 14 octobre 2007, 12:33 par Hoax

'achetez ce disque, il y a tout sur cet album de la rumeur', :)

2. Le mercredi 19 décembre 2007, 17:03 par raiymane

En toute sincérité, La Rumeur est de loin le meilleur groupe de rap en "francais". Certes IAM de l'Ecole du Micro d'Argent est aussi une tuerie, mais c'est juste un album, la suite était laborieuse malgré le talent et les solos de Shurik'n et Akhenaton. Medine est aussi d'un niveau très élevé, mais il reste au milieu de baltringues du rap francais. La Rumeur reste entièrement underground et assume complètement ses positions quitte & ce que ca déplaise & la majorité des gens. Lire le chien et le flacon de baudelaire ca résume bien La Rumeur, les dignes descendants de ce dernier.

Ajouter un commentaire

Les commentaires peuvent être formatés en utilisant une syntaxe wiki simplifiée.

Fil des commentaires de ce billet