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THE COUP - Party Music

, 23:11 - Lien permanent

Oublions un instant l'épisode du 11 septembre, faisons abstraction de tout le ramdam autour de la pochette prophétique de Party Music, du soudain intérêt des magazines musicaux pour The Coup, des délires patriotiques et paranoïaques d'une partie de la presse américaine, et jugeons ce disque pour ce qu'il est : le successeur attendu du très prisé Steal this Album. Cela est d'autant plus sain que, attentats ou pas, ce quatrième album avait tous les atouts nécessaires pour accroître la notoriété du duo de la Bay Area : sortie sur un gros label hip hop indé, distribution internationale, bonne promotion et grande accessibilité.

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Steal this Album avait déjà été une forme d'aboutissement pour ce duo bien rodé, plus ou moins assimilé à la trépidante scène hip hop indépendante mais complètement atypique. Sorti en 1998 mais pas disponible en France avant 2000, le troisième album de The Coup avait réhabilité une forme crédible de hip hop politique, bien plus acerbe et mordante que les leçons très sages du rap conscient. En bon fils d'activiste Black Panther, Boots Riley ne renie strictement rien de ses convictions sur ce successeur, tandis que le son, toujours pris en charge par Pam the Mastress, acquiert un fort potentiel hitesque, à grand renfort d'un funk outrancier largement oublié par le rap des années 2000.

Inutile de s'attarder sur les paroles. La réflexion politique du duo ne va pas bien loin. Boots Riley se contente de dénoncer ces plaies bien connues que sont la violence policière ("Pork and Beef") ou la religion opium du peuple ("Heven Tonite") et d'appeler à la révolution ("Ride the Fence"). Mais bon, Chuck D ou plus récemment Dead Prez (M-1 est d'ailleurs invité ici), n'ont pas eu besoin d'être de grands théoriciens de l'action sociale et politique pour trouver un écho. Et The Coup ont en outre pour eux un grand sens de la dérision et le souci de respecter à la lettre le principe de l'edutainment.

A l'image de son titre polysémique ("party music" signifie tout autant "musique de fête" que "musique de parti politique"), le nouvel album de The Coup ne cesse de pratiquer la dérision. Tout y concourt : une pochette moins polémique mais du même mauvais goût que celle qui a été autocensurée, le ton ironique et distant cultivé tout du long par Boots Riley, des délires du meilleur effet comme "5 Millions Ways to Kill a CEO" (mille et une façons de tuer un PDG) et bien entendu le funk démonstratif de Pam the Mastress.

Musicalement, Party Music est largement aussi anachronique que la coiffure afro et les convictions marxistes du MC. Bricolage funk, guitares larmoyantes, bidouillages synthétiques et chœurs dégoulinants dominent l'album. Impossible de s'y perdre ou de s'y ennuyer, même si frilant la caricature, certains morceaux font un peu vieux funk réchauffé de derrière les fagots. Peu importe, car d'autres sont de véritables petits hits, comme "Tight", "Pork and Beef", "Lazymuthafuckas" et surtout le déjà cité "5 Millions Ways to Kill a CEO", tube hip hop certifié de l'année 2001 dans un monde parfait. Jouissive et en dehors des modes, peu soucieuse d'un rap indé devenu casse-couille, trop fun-crusher, la musique de The Coup serait aussi prémonitoire que la pochette censurée de leur Party Music que le genre ne se porterait pas plus mal.

PS : et allez, en prime, pour ceux qui découvriraient cet article bien après la polémique, la pochette originale, auto-censurée et prophétique de ce disque qui avait été programmé pour la mi-septembre 2001...

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