Fake For Real

Depuis 1997 : critiques, dossiers, sélections et autres papiers, dédiés au rap (et parfois à d'autres musiques)
Home

Aller au menu | Aller à la recherche

BIGG JUS - Plantation Rhymes

, 22:57 - Lien permanent

Mine de rien, cela faisait 4 ans que l'on n'avait rien entendu de Bigg Jus. Depuis Funcrusher Plus, carrément. Il y a pile un an, au moment même où l'avenir de El-P et celui de Mr. Len devenaient de plus en plus clairs, celui du meilleur MC de Company Flow demeurait un mystère. Ca n'est qu'au début de l'année 2001 que Jus est reparu, annonçant deux nouvelles casquettes, celle de patron du label Subverse et celle de producteur. Allait-il assurer autant dans ces deux fonctions qu'au emceeing ?

BIGG JUS - Plantation Rhymes

Sub Verse :: 2001 :: acheter ce disque

Aucun souci pour le premier rôle. En quelques mois, Subverse est devenu aussi culte que Def Jux, le label à peine plus ancien de El-P. La politique des deux maisons est d'ailleurs tout à fait similaire et très comparable à celle du Rawkus des débuts, les deux ex Co-Flow profitant de leur notoriété et de leur prestige pour signer des artistes qui se sont déjà illustrés sur des labels hip hop indés plus modestes. Plus promotion que réelle découverte donc, mais que du bon.

Il fallut en revanche attendre quelques mois de plus avant de découvrir ce que que Bigg Jus le producteur était capable de faire. Et les premières nouvelles, via le remix de "Gaffling Whips" sur Projet Chaos, étaient plutôt excellentes. Bigg Jus ne reniait manifestement rien des velléités expérimentales de Company Flow, montrant que El-P n'en était pas le seul membre audacieux. Bien au contraire, il leur faisait franchir un cran supplémentaire, à coup de beat froid, heurté et rachitique à la merci de son flow plus aigre et déclamatoire que jamais. Sa carrière solo ne pouvait mieux commencer.

Et pourtant, sans être non plus une franche déception, l'impression générale qui se dégage de Plantation Rhymes n'est pas si bonne que ce premier extrait l'annonçait. Les autres titres qui composent le EP sont pourtant issus d'une même lignée que "Gaffling Whips Remix" et loin, bien loin, d'être anodins. Froideur et expérimentation sont encore au rendez-vous, servis par des paroles plus marquantes que jamais, à l'image de la redoutable punchline du titre phare : "plantation rhymes, 'cause all of you MC's rhyme like slaves". Waaaah.

La production est en effet assez osée. Et puisqu'il faudra nécessairement comparer les travaux du producteur Bigg Jus à ceux de El-P, notons que lui préfère les influences rap traditionnelles aux escapades rock de son ancien compère. Là est même la définition de Plantation Rhymes, l'alliance assez réussie du hip hop vintage et de tentatives musicales plus osées. En sont témoins les premiers titres, tous réussis sans pour autant être divins : le "Gaffling Whips Remix" déjà cité, "Dedication to Pray", "Plantation Rhymes" et en tout premier lieu "Heavenly Rivers", morceau audacieux décomposé en plusieurs mouvements.

Cette tension entre tradition et mutation n'est en elle-même pas inédite. Elle alimente de tous temps le meilleur hip hop et a autrefois caractérisé le Wu-Tang Clan. Certains auront d'ailleurs remarqué une certaine ressemblance avec l'écurie du RZA (jusque dans les samples de combat sur "Tongue Sandwich", en ouverture du EP), et plus particulièrement avec les morceaux de Ghostface Killah. Pour preuve "Dedication Pray", "Dedication to Peo" et plus encore "Lockjaw", tous gorgés de soul, et qu'on croirait issus de Ironman ou de Supreme Clientele.

Tout cela est plutôt positif, sur le papier, mais ça ne fonctionne malheureusement pas à tous les coups. Même en se dépouillant le plus possible des ses automatismes, même en prolongeant les écoutes. Les titres deviennent même progressivement moins marquants : le fin de "Dedication to Peo" et "I Triceritops" sont pénibles ; "The Story Entangles", dépouillé et chanté par une femme, ne trouve pas vraiment sa place ici. Et le format EP, décousu, éclectique, foutraque, bourré de remixes encombrants et de titres secondaires, dessert l'impression finale et générale.

Plantation Rhymes n'enterre pas Bigg Jus. Bien au contraire, il prouve sa soif d'innover et de rester à l'avant-garde du hip hop. Mais il nous laisse sur notre faim et rend plus urgente encore la sortie du premier album. Des fois, il y a des disques comme ça, qui livrent exactement ce qu'on espérait d'eux, et qui pourtant sont à moitié ratés. C'est malheureux, mais Plantation Rhymes fait partie de ceux-là.

Évaluer ce billet

0/5

  • Note : 0
  • Votes : 0
  • Plus haute : 0
  • Plus basse : 0

Ajouter un commentaire

Les commentaires peuvent être formatés en utilisant une syntaxe wiki simplifiée.

Fil des commentaires de ce billet