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KMD - Mr. Hood

, 22:46 - Lien permanent

Le retour sur le devant de la scène de Zev Love X sous le nom MF Doom a eu au moins une vertu : celle de remettre au goût du jour les albums de KMD, dont c'est Mr. Hood vieux de dix ans mais toujours truculent.

Elektra :: 1991 :: acheter ce disque

Avant la sortie de Mr. Hood, Zev Love X s'était fait remarquer par un couplet sur le premier single de Third Bass. C'était en 1989, à l'époque où inviter quelqu'un sur son disque signifiait encore quelque chose, en l'occurrence que Third Bass et KMD partageaient une vision du hiphop particulière. C'est d'ailleurs avec l'aide de Pete Nice et MC Serch que Onyx, Subroc et Zev Luv X ont signé avec Danté Ross chez Elektra.

La singularité de KMD, c'est ce mariage réussi entre militantisme et l'insouciance. Alors que De La Soul semblait ne pas se préoccuper de la place de l'homme noir dans la société Américaine et que Brand Nubian n'avait jamais appris à sourire, KMD offrait un saine alternative. Mr. Hood est le personnage central de cet album, avec sa voix digne d'un journaliste de la BBC, il est la mouche du coche qui vient on ne sait pourquoi à Staten Island. Ses réflexions saugrenues ont le don d'énerver Subroc ("Ta mère aime visiter les vieilles églises" !?). L'influence de Prince Paul est flagrante dans la musique de KMD : mélange de boucles de jazz rock et de dialogues de dessins animés, interludes intégrés aux morceaux... Si le ton général de l'album est enjoué et bon enfant, les textes de KMD luttent contre le cliché du bon nègre, le "sambo" qu'ils vilipendent sur cet album ("Who Me?") et pendront sur le suivant.

Ici les samples se succèdent les uns aux autres, au lieu de se superposer comme on l'entendait souvent en 1991. Alors que leurs camarades de label comme LONS, Pete Rock ou Del faisaient s'entrechoquer de multiples sons, Subroc et Zev Luv X s'attachent à composer des morceaux limpides et inhabituels tels "Bananapeel Blues" et "Preacher Porkchop" construits à la manière de sermons, ou "Humrush" qui tourne autour d'une mélodie fredonnée par un des personnages de Rue Sésame. Même les titres aux tempos rapides comme "Nitty Gritty" (avec les Brand Nubians au complet) n'ont pas vieilli.

Se retrouve sur ce disque tout la rhétorique de l'Islam noir et le champ lexical qui va avec : the Sun, the Devils, Haji, Arm-Leg-Leg-Arm-Head (ALLAH), Earth ... Mais KMD était aussi le premier groupe de rap à exposer les préceptes de la Nubian Islamic Hebrew Mission, un "ordre fraternel" ou secte dont ont fait partie Prince Paul, Yeshua, Pos de De La, Scienz of Life ... Alors, forcément, une partie des textes échappera à l'auditeur profane : "Il faut toujours avoir un livre ennuyeux à son chevet / et quand on veut être fermier il faut surveiller sa basse-cour car c'est dur sans bine"?? Onyx et Zev Love X savent aussi se montrer plus indolents, comme sur le magnifique "Peachfuzz, hymne pré-pubère qui traite de la pousse des premiers poils, ponctué de petits rires féminins qui rendent le titre irrésistible.

C’est précisément cet assortiment de titres légers et de textes forts qui donne à KMD une place comparable à nulle autre parmi les artistes hip hop des années 90.

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