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J-RAWLS - The Essence of J-Rawls

, 22:18 - Lien permanent

Connaissant J-Rawls et ses productions lymphatiques, il était raisonnable de s'attendre à un album mou peuplé de MC's bouffeurs de "wack" en plein trip "rap conscient", le tout sur des boucles de jazz convenues. Et de fait, The Essence of J-Rawls, c'est un peu ça. Mais en mieux.

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En quelques années, à force d'intervenir à droite et à gauche (notamment sur le fameux "Brown Skin Lady" de Black Star et comme beatmaker des Lone Catalysts), Jason Rawls est devenu l'un de ces producteurs hip hop discrets dont le nom est connu de tous, mais sur lequel il est plus difficile de mettre un visage. Ce premier album, ou collection de travaux, est l'occasion pour celui-ci d'apparaître un peu mieux au grand jour. Connaissant le personnage et ses productions lymphatiques, il était raisonnable de s'attendre à un album mou peuplé de MC's académiques et bouffeurs de "wack" en plein trip "rap conscient", le tout sur des boucles de jazz convenues. Et de fait, The Essence of J-Rawls, c'est un peu ça. Mais en beaucoup mieux pourtant.

Première raison : la palette des invités est plus large que prévue. Si J-Live et Apani B étaient attendus, de même que J-Sands, son compère des Lone Cats, nous avons aussi la bonne surprise de trouver ici Capital D. d'All Natural, sur un "Cold Turkey" fort de son redoutable flow. Il est même franchement étonnant d'entendre tout à coup Dose One (de l'Ohio comme J-Rawls), qu'on ne croyait pas fréquenter ce pan là du hip hop indépendant, le temps d'un très bon "Meniscus!".

Deuxième raison : le travail de production de J-Rawls, tout bêtement. Car celui-ci séduit là où on ne s'y attend pas. Même les voix r'n'b attendues, présentes sur "Far Away" ("my heart is heavy and my soul is so lonely") s'avèrent tout à fait attachantes. Elles sont même, ô ironie, le meilleur moment du morceau. Oui, meilleur que ceux où rappe Apani la déesse. Même jugement sur les merveilleux chœurs de "They Can See Me". Et que tous les chœurs dont J-Rawls parsème son album, dès "What You Want Is", des voix chantonnantes, douces-amères, faussement naïves, et finalement très soul, à l'opposé des roucoulades immondes du r'n'b.

Et quand J-Rawls se passe des voix féminines, il parvient tout autant à nous transporter. Toutes les premières plages ("Birds Live Feather", "Great Live Caper" ou "Meniscus"), fortes d'une production subtile, toute en douceur, sont exceptionnelles. Le remix de "Lone Catalysts" l'un des morceaux les plus enlevés (toute proportion gardée, la prod est de J-Rawls quand même, pas du Bomb Squad), est tout aussi réussi. Le producteur instaure même quelques moments de pure magie, comme le magnifique et dépouillé "Elegy", servi à merveille par le rap rapide mais sans rodomontades de Rubix. Un bijou qui, selon la formule consacrée et inusable, légitime à lui seul l'achat de l'album.

Bon, allez, pour relativiser ces élans d'enthousiasme exagérés et inhabituels, force est de reconnaître que The Essence of J-Rawls reste l'album lymphatique conscient bouffeur de wack redouté. Mais à l'instar d'un Jay-Dee, J-Rawls cultive l'art étrange de toucher le bonheur à force d'enfoncer des portes ouvertes. Pas de doute, The Essence of J-Rawls, même s'il n'est censé être qu'un en-cas avant l'album des Lone Cats, est la réussite tardive d'un rap conscient arrivé par ailleurs à bout de souffle.

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