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RAE & CHRISTIAN - Sleepwalking

, 22:41 - Lien permanent

En 1998, les DJ's Mark Rae et Steve Christian avaient montré avec Northern Sulphuric Soul qu'une scène hip hop du troisième type émergeait du côté de Manchester, équivalent pour le rap de ce que la northern soul avait autrefois été pour son inspiratrice américaine. Bon, l'album ne l'était cependant pas pour ses emprunts au hip hop, lesquels sentaient le pâté et le rap trop académique. A présent qu'est sorti un second album, le bien nommé Sleepwalking, le temps est venu de prononcer un jugement sûr et aussi définitif que possible sur le duo.

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Se prononcer sur le cas Rae & Christian sera d'autant plus aisé que Sleepwalking présente de très nombreuses similitudes avec son prédécesseur. Des similitudes regrettables bien souvent, comme cette propension à coller sur le disque quelques titres papiers peints en guise de musique, ou ces résurgences acid jazz de sinistre mémoire, ce dès "Blazing the Crop". Tout comme sur Northern Sulphuric Soul, les titres véritablement rap sur le nouvel LP ne sont pas non plus les plus brillants. Voilà ce que ça donne d'inviter sur quelques scratches convenus des rappeurs américains autrefois glorieux et géniaux, mais aujourd'hui plutôt has been, comme Jeru et les Jungle Brothers l'autre fois, et The Pharcyde maintenant (sur un "Let it Go" totalement dispensable). Et a fortiori de faire remixer le tout par leurs biens médiocres compatriotes de The Nextmen (sur un "It Ain't Nothing" également sans grand intérêt).

Il serait vain de se voiler la face, Rae & Christian sont en fait un groupe de trip hop qui aurait séparé plus visiblement que les autres ses titres à inspiration électronique de ceux à connotation hip hop. Ca n'est peut-être pas très bon pour leur image de marque, mais après tout, ça n'est pas parce que "trip hop" est devenu un mot tabou que ce qu'engendre le genre est forcément mauvais. La preuve, c'est qu'un titre dans le style comme "Not Just Anybody" avec Kate Rogers s'en tire plutôt bien. Même jugement pour le fond sonore de "Vai Viver a Vida".

Les titres vraiment rap sont d'ailleurs en retrait sur ce deuxième album, au bénéfice d'escapades soul, latine ou reggae. Niveau soul, un genre décidément en plein revival depuis trois quatre ans, c'est plutôt raté, malgré la présence prestigieuse de Bobby Womack. Un titre de plus à rajouter à la longue série des hommages qui ne font pas avancer le schmilblick. Le "Vai Viver a Vida" déjà mentionné, en revanche, est incontestablement l'un des morceaux les plus intenses de Sleepwalking, autant pour la voix de la chanteuse jazz brésilienne Tania Maria que pour la musique de Rae & Christian, qui pour le coup n'est plus du tout, mais alors plus du tout hip hop. Le titre reggae, "Hold us Down", est tout aussi réussi, même si cette fois c’est l’invité qui assure seul le génie du titre. Et pour cause, il s'agit de Cedric Myton des merveilleux Congos.

Pour le reste, Rae & Christian se contentent d'instrumentaux, style qu'ils maîtrisent d'ailleurs le mieux, et qui leur vaut d'être infiniment plus connus des publics pop et electronica que des b-boys. Comme le prouve un "Ready to Roll" aux sonorités infiniment plus proches de la techno. Samples, effets futuristes, montées de tension, crescendo… Tout ça est bien connu, et fait d'ailleurs sans mal son petit effet. Un bon titre, mais sans doute rapidement lassant après plusieurs écoutes.

Sleepwalking est donc proche de son prédécesseur. Les mêmes ingrédients sont présents, mais avec des dosages différents (moins de hip hop, plus d'exotisme) et une exception notable : il manque Veba, la choriste de Northern Sulphuric Soul, que les autres femmes présentes ici peinent à remplacer (à part peut-être Siron sur "Salvation"). Aujourd'hui qu'elle n'est plus là, cela devient flagrant et évident : Veba était l'âme, le génie, la vraie touche de magie du premier album. Sans elle, la musique des deux DJ's se contente d'être digne d'intérêt. Ce qui est tout de même largement suffisant pour donner un bon album de plus.

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