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PORN THEATRE USHERS - Sloppy Seconds

, 23:09 - Lien permanent

Sur le papier, le CV des Porn Theatre Ushers peut s’avèrer alléchant : première apparition sur la compilation The Rebel Alliance pour le MC Nabo Rawk, sous le nom de Nabo the Jedi, rencontre de ce dernier avec le producteur Mr. Jason par le biais d'Esoteric, petite sensation autour de leur premier single, "Me & Him / Cat Nip / My Imagination", participation prestigieuse de Cage à leur second, Balloon Knots, puis sortie d’un premier album en 2000, dont la pochette cocasse est dessinée, pour la petite histoire, par le producteur Physical Jules, qui apparaît sur l’excellente compilation A Jeep Jack Affair. Il a donc suffi que quelques personnes avisées présentent Sloppy Seconds comme le disque de l’année pour examiner l’objet en question. La déception, cependant, est à la hauteur de la curiosité.

PORN THEATRE USHERS - Sloppy Seconds

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Comme l’indique la pochette, Nabo et Jason semblent apprécier l’humour potache. Leur credo avoué est d’ailleurs de réintroduire du fun dans le hip-hop. Mais voilà, ils n’ont même pas la posture irrésistible d’un loser magnifique à la Paul Barman, et encore moins de producteur prestigieux à la Prince Paul pour assurer derrière. Mr. Jason a beau citer les Ultramagnetic MC’s et Organized Konfusion ou décrire ses productions comme une musique de l’âme riche et dynamique (hum), on est bien loin du compte.

Tout commence donc par le deuxième single, "Balloon Knots". Mouais... Il y a Cage, heureusement, ainsi qu’une petite basse sympathique, c’est assez entraînant... Et après ? Ben après pas grand chose... Un funky "Girl Sweat Me", les trompettes mille fois entendues d’un "Blah Blah Blah" aussi ennuyeux que le titre le suggère, puis une suite de tracks convenus et sans âme. Il y a bel et bien un essai de rap bizarre et dépouillé à la Co-Flow et consorts sur "Oozing Pestilence", mais ça ne marche pas vraiment. Pareil pour "Bug Men", qui a un petit faux air du "Be Alert" de 7L & Esoteric (si si, quelque part, sans les Transformers...), mais est bien loin d’un tube de cette nature. Ces essais de hip-hop industriel et ces scratches sans surprise n’ont décidément aucune saveur.

Mr. Jason n’a donc aucun talent, et Nabo, malheureusement, est incapable de sauver la mise. Celui-ci n’est rien d’autre que le MC typique qui n’a pas de voix, et qui, au lieu de jouer avec ses limites, s’efforce de rapper comme un pro du mic. Qui plus est, son phrasé est nul, sans identité, toujours construit sur le même rythme, la césure constamment au même moment, au point qu'il prend rapidement la tête. Et ce ne sont ni les sitars introductives de l’électronique "My Imagination", pourtant sauvable, ni les insupportables "oh oh oooh" de Cat Nip, et ni l’extrait de Critical Beatdown sur "Me and Him" (le meilleur moment de l’album ?) et les voix féminines qui suivent, qui sauvent quoi que ce soit.

Bref, cet album est mauvais. Les Porn Theatre Ushers sont des inconnus qui ont tout intérêt à le rester. Alors, pourquoi parler d’eux ? Pourquoi étriper deux pauvres types qui font sans doute ce qu’ils peuvent ? Eh bien, juste histoire de montrer qu’il est autorisé de détester un groupe indépendant, que "l’underground", si jamais cette chose existe, abrite cent mauvais groupes pour deux ou trois bons. Dommage pour les Porn Theatre Ushers, tout ça n’est pas très encourageant (quoique, ils doivent bien se moquer de ce qu’un article en français peut dire à leur sujet). Mais quitte à descendre un mauvais album, autant parler d’inconnus plutôt que d’écouter le dernier Beanie Siegel ou DMX. Au moins, le jour où Nabo et Mr. Jason sortiront un bon album, nous serons en première ligne.

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