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Depuis 1997 : critiques, dossiers, sélections et autres papiers, dédiés au rap (et parfois à d'autres musiques)
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LOUIS LOGIC - Interview

, 22:51 - Lien permanent

Louis Logic est un rappeur de l'entourage des Jedi Mind Tricks, responsables avec leur album sorti en 1997 d'un classique du hip hop indé. Quelques semaines après la sortie du single "Loud Mouth" et au moment de proposer son premier album, Music to Drink by, Louis Logic s'entretient avec nous de sa vision du hip hop, de l'album à venir des Jedi Mind Tricks et d'autres choses. Rencontre avec un rappeur affable.

Pour commencer, ton nom est-il Louis ou Louie (je suis un peu perdu) ?

En fait, c'est Louis, mais je m'appelais Luis, qui se prononce Louie, avant d'être adopté. On m'appelle indifféremment des deux façons.

J'ai découvert Louis Logic et Music to Drink by grâce à tes liens avec les Jedi Mind Tricks et grâce à tes collaborations avec J-Treds et L-Fudge ? Quand et comment as-tu commencé à bosser avec tous ces grands noms de l'underground ? Comment as-tu rejoint la famille Superegular (NDLR : le label des JMT) ?

J'ai rencontré L-Fudge par le biais d'un ami qui anime une émission sur une college radio. On a fait un titre ensemble environ un mois après s'être rencontrés. Quand il a été prêt, j'ai commencé à le vendre et à chercher quelqu'un pour le presser. L'un des endroits où je me rendais le plus souvent était la boutique Footwork de Bobbito (NDLR : Bobbito Garcia, patron du label Fondle'em et personnage central de l'underground hip hop) à Philadelphie. J'y ai rencontré Ikon des JMT, et on est rapidement devenus de bons amis. Il m'avait vu vendre le 45t que j'avais fait avec L-Fudge et il m'a demandé si je voulais le sortir sur Superegular, ce que j'ai fait. J'ai rencontré J-Treds par un ami commun du Queens, Wiseguy. J'avais appelé Guy parce qu'il connaissait tout le monde, alors que je travaillais sur mon nouveau 45t et que j'avais l'intention d'impliquer J-Treds, dont j'adorais la musique. Wiseguy m'a présenté Treds par téléphone, et on est devenus de bons amis au cours de l'année suivante. Au moment où nous avons fait "General Principal" pour le deuxième 45t.

Quel a été ton passé et ton histoire avant de rejoindre le monde du hip hop ?

J'ai été un skater pro pendant un an après 9 ans de pratique. J'ai bossé pour une petite société de Long Island, Number Nine, qui travaille pour Zoo York en ce moment. A part ça, j'ai été fan de toutes les musiques imaginables, mais j'ai toujours eu une passion pour le hip hop.

Quelles autres connections (elles sont nombreuses, je suppose) as-tu avec l'underground new-yorkais ?

Je suis ami avec des tas de gens. Les Boston Kids, 7L & Esoteric, Mr. Lif, Virtuoso, Skitzophreniks, Insight. Je m'entends bien aussi avec Bahamadia, et j'ai vécu autrefois avec Chops des Mountain Brothers. C'est lui qui a enregistré le premier titre que j'ai écrit en fait. Ca n'était pas très bon cependant. Je suis aussi pote avec les Molemen de Chicago et Celph Titled et Apathy. D'une façon ou d'une autre, je connais toutes les personnes en vue, c'est un petit peu ma famille.

J'ai également interviewé J-Zone. J'ai lu sur tha-real.com que tu aurais vraiment bien aimé faire quelque chose avec lui. Ca serait vraiment bien. A-t-on une chance que ça arrive ?

Je l'ai contacté, mais je pense qu'il n'aime pas ce que je fais. Je lui ai donné des trucs à écouter, je lui ai envoyé des emails et je lui ai parlé en personne à plusieurs occasions, mais il n'a fait aucun effort pour que ça arrive, ou même pour revenir vers moi. Mais bon, je continue à aimer ce qu'il fait.

Il y a une grosse discussion sur les MP3 illégaux en ce moment, en particulier avec la fermeture de Napster. Les fans de hip hop indé sont très partagés là-dessus. Certains pensent que ça ruine la carrière des nouveaux artistes, d'autres considèrent que ça contribue à rendre des artistes underground plus accessibles. Tu as choisi une solution originale en laissant un célèbre site MP3 proposer gratuitement ton album, à condition que trois titres inédits en soient exclus. Tu penses que c'est la bonne solution ?

Tout à fait. Je veux dire que je n'avais pas vraiment d'autres choix. Je pensais bien que l'album finirait là de toutes façons, j'ai donc décidé de les contacter directement et de simplement leur demander de s'abstenir de mettre les inédits, afin que chacun ait ce qu'il souhaite. Et puis je suis bien conscient que certains n'ont pas d'autres moyens d'obtenir cette musique. J'ai essayé de penser à ces derniers sans gâcher mes chances de vente.

Tu vas participer au nouveau Jedi Mind Tricks qui sortira dans quelques semaines. A quoi ressemblera ton morceau et de quoi traitera-t-il ?

Je suis sur deux morceaux de l'album des Jedi, qui ne sortira vraisemblablement pas avant fin septembre ou octobre. Le premier titre sur lequel je suis est "Trinity", la face B de "Heavenly Divine" avec L-Fudge. L'autre titre est avec moi, Ikon, B.A. Barrakis et El Dorado, qui est Diamondback des Deadly Snakes, des artistes Tommy Boy. C'est une rhyme battle mais la production est géniale.

Finissons par les trois questions standard de tout intervieweur français quand il a affaire à des américains. Tout d'abord, as-tu l'intention de venir en Europe ? Aura-t-on la chance de te voir ici avec la famille Superegular, à plus ou moins court terme ?

J'ai vraiment l'intention de venir en Europe en automne. Je ne sais pas si ce sera seul ou si tout l'équipe Superegular m'accompagnera.

La plupart de nos compatriotes ne comprennent pas l'anglais chanté : penses-tu qu'ils ne peuvent pas apprécier ta musique de la même façon que les américains ?

C'est une bonne question. Je ne pense pas que ce soit forcément le cas, qu'ils soient incapables d'apprécier la musique de la même manière que des auditeurs anglophones. Ils peuvent toujours resentir la complexité des rimes, des structures, du phrasé. Après, il y a la voix et bien sûr le beat, qui est de toutes façons souvent le gagnant.

Troisième et dernière question : connais-tu le hip hop français ? Ma propre opinion est qu'il n'est pas aussi bon que certains le prétendent, mais parlons franchement.

Tu sais, pour être honnête, je ne connais pas grand chose du hip hop français. Et ce que j'en connais, je suppose que ce sont surtout des artistes de variété rap que la plupart des fans underground n'aiment pas. Sur ces artistes, je n'ai encore rien entendu d'impressionant, mais ça ne veut rien dire car je n'ai pas écouté la crème du hiphop français. Ca serait déjà une chose si j'avais entendu quelqu'un d'unanimement considéré comme l'un des plus grands artistes français et si je pensais qu'ils étaient nuls, mais pour l'instant, je ne connais personne d'autre que MC Solaar dans ce genre.

Un message ou une déclaration pour finir cette interview ?

Oui. Les fans de hip hop devraient lire davantage. Jetez un oeil à Charles Bukovski, Kurt Vonnegut, Dostoievsky, Camus, etc... Je voudrais aussi dire à ces gens de garder à l'esprit que la musique est un divertissment. Donc quand je dis "I practice peer pressure and promote unsafe sex" (NDLR : difficile à traduire, quelque chose comme "je pratique la pression collective et j'encourage le sexe non protégé") sur mon single "Loudmouth", par exemple, c'est juste une blague, destinée à divertir. Des gens prennent ces choses trop au sérieux et m'approchent pour me demander si je suis vraiment comme dans mes chansons. Si ce qu'ils veulent savoir, c'est si je suis quelqu'un de vraiment antipathique et immature qui boit trop et mate des films porno, alors la réponse est oui, suis-je dingue ? Sans doute pas, mais je laisse aux psys le soin de décider.

Merci pour ton temps et pour ton intérêt. Bon soir France (NDLR : en français dans le texte).

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