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BIG L - The Big Picture

, 22:14 - Lien permanent

Les albums posthumes sont légions dans le rap d’aujourd’hui, ce qui n’est pas à proprement un grand signe de vitalité. Le Big Picture de Big L, pourtant, ne sent pas trop le cadavre faisandé, même s'il mérite davantage d'être classé dans la catégorie des vibrants hommage que parmi les albums véritablement bons.

BIG L - The Big Picture

Rawkus / PIAS :: 2000 :: acheter ce disque

Les albums posthumes sont légions dans le rap d’aujourd’hui, ce qui n’est pas à proprement un grand signe de vitalité. Le Big Picture de Big L, pourtant, ne sent pas trop le cadavre faisandé. Parce que son "auteur", qui n’était d’ailleurs pas un gangster (son assassin l’a confondu avec son frère), n’était pas non plus un "wack MC". Parce qu’il est sorti sur le label Rawkus, qui, malgré une politique de plus en plus douteuse, n’est pas encore devenu Cash Money. Et parce que ses collaborateurs forment une véritable dream team, MC’s (Guru, Kool G Rap, Big Daddy Kane, Sadat X...) et producteurs (DJ Premier, Pete Rock...) mythiques se pressant à cet enterrement de première classe. Le public américain ne s’y est d’ailleurs pas trompé, réservant un accueil triomphal à cet album, et propulsant un nouveau rappeur mort loin devant dans les charts.

Il faut bien avouer que sur ce coup, Rawkus a atteint le sommet de son talent marketing, annonçant la sortie de The Big Picture par une suite de singles ravageurs. Largement présentes sur l’album, ces compositions incisives à la mesure du rap abrasif de Lamont Coleman (le véritable nom de Big L) confèrent à l’ensemble une jolie petite tête de bombe. Ca commence d’ailleurs très fort par les cuivres rentre-dedans et imparables de "Ebonics" (single sorti au moment de sa mort), suivis du beat, plus punchy et tout aussi implacable, de "Size’em up" (la face B). Plus tard, "Flamboyant", un autre de ses singles, funky en diable, vient prendre le relais, parmi d’autres tueries.

Et parce qu’il faut de tout pour tous, The Big Picture offre également son quota de titres plus sombres, comme "Enemy", en compagnie de Fat Joe. Puis jusqu'au finale correct de "Triboro", l’album se tasse, se prolonge, se poursuit en roue libre, sans jamais lasser totalement (à part peut-être sur "Who u Slidin With"), mais sans l’impact, sans la saveur des tout premiers titres. Les nombreux collaborateurs, de leur côté, se contentent d’apporter respectueusement leur propre touche (Kool G Rap sur le soutenu "Fall Back" s’en tire avec les honneurs) à cet album sans originalité, dont l'intérêt principal demeure les prouesses verbales authentiques du MC.

Les motivations pécuniaires ne sont évidemment pas absentes de ce rap carré et millimétré. La présence sur le très mauvais "Deadly Combination" d’un autre refroidi notoire, Tupac Shakur, laisse peu d’illusion sur les raisons profondes de cette nouvelle et macabre expérience post-mortem. Impossible, il y a seulement deux ans, d’imaginer ce malheureux macchabée pompe-à-fric chez Rawkus... Mais bon, The Big Picture, album moyen, demeure un hommage vibrant, un bel objet. A acquérir, si vous aimez les singles. Même si, évidemment, ce geste sera plus utile au sinistre Rupert Murdoch, bailleur des fonds de Rawkus, qu'à Big L. Ce dernier, pour sa part, n’hérite que de nos regrets sincères et de ces cinq fameux mots de Gang Starr, repris en intro de l’album : "Big L, rest in peace".

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