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AESOP ROCK - Float

, 23:00 - Lien permanent

Même si son nom n’a pas encore quitté le cercle de l’underground, la carrière d’Aesop Rock ressemble à une irrésistible ascension. Trois ans après Music for Earthworms, et à peine un an après un Appleseed court mais intense (déjà un classique), le MC et producteur de Boston revient sur Mush Records, un vrai label cette fois, précédé d’une rumeur favorable. Signe de son assurance, c’est sous format double-vinyle, soit un CD long de 20 titres, que se présente Float. Et comme pour illustrer sa notoriété, Aesop y étend ses collaborations : Dose One d'Anticon, encore de la partie, y est rejoint par un représentant de l'écurie adverse, Vast Aire de Def Jux et de Cannibal Ox, ainsi que par Slug d'Atmosphere.

AESOP ROCK - Float

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Les sons se révèlent à la mesure des espérances, et des textes littéraires du rappeur. Toujours produit par Blockhead, Omega (uniquement sur "Skip Town") et par lui-même, Aesop poursuit sur Float l’expansion de son spectre musical, déjà entamée sur Appleseed. Moins squelettiques, plus variés, ses titres y gagnent en accessibilité, à l’image de "Commencement at the Obedience Academy", disponible sous format MP3 depuis près d’un an, et qui se montre ici plus habillé que l’original, avec son saxophone. Deuxième plage de l’album, il est le premier sommet d’une longue série de titres dont aucun, ou presque, n’est à jeter.

Les premiers de ces bijoux sont les titres qui, sans abuser des samples de musique classique employés à outrance dans le rap de ces dernières années, marient des cordes à la voix parfois monotone d’Aesop Rock. Ainsi le marquant "Oxygen", magnifique titre façon BO, sans rythmique, interrompu parfois par des sitars. Réussites du même acabit, le lent "Basic Cable" (une critique de la télévision) dans le droit fil des deux albums précédents, un "Spare a Match" plein de suspense, le transcendant "How to be a Carpenter", et "Attention Span", titre d’anthologie, toutes trompettes et basse dehors, en compagnie de Vast, cultivent tous le même goût du crescendo et des ambiances oppressantes. Ajoutons-y une nuée de détails bien sentis, à l’image du hautbois de "No Splash", et la recette se révèle parfaite.

Cet élan vers une plus grande diversité s'accompagne parfois d'incongruités. Le charmant reggae de "Skip Town", le funk de "6B Panorama", les chinoiseries de "Garbage", les intermèdes du producteur Blockhead sont bien sympathiques, mais dans ce contexte, ils frôlent souvent le hors-sujet. Heureusement d’ailleurs qu’intervient le chant (plus que le rap) de Slug sur "I’ll be OK", sans quoi l’harmonica tirerait trop ce titre vers un country & western de mauvais goût. Les collaborateurs ici présents s’en tirent d’ailleurs tous trois à merveille, notamment Vast, sur le "Attention Span" déjà cité, et Dose One sur "Dawsbridge", digne successeur du "Odessa" de Appleseed : les deux MC’s y rappent ensemble, leurs voix opposées, l’une grave, l’autre aiguë et nasillarde, déblatérées simultanément sur un son orientalisant complètement halluciné, créant un effet bœuf.

Long, riche et fidèle à ses promesses, Float développe donc les idées du dense Appleseed, même si la longueur du format relativise en fait un album un brin inférieur à son génial prédécesseur. Qu’importe, Aesop Rock reste un MC (et producteur, quand il s’y met) de très haut niveau, riche d’une discographie exceptionnelle dont bien des rappeurs institués ne peuvent même pas se vanter. Et Float, en plus d’un des disques de l’année, est une nouvelle gemme à inscrire sous son nom. Aesop Rock, rappeur de l'année 1998, 1999, 2000, 2001, etc…

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