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WU-TANG CLAN - The W

, 22:56 - Lien permanent

Sans aucun doute, Wu-Tang Forever, deuxième opus du Wu-Tang Clan sorti en 1997, restera inscrit à jamais comme l'album le plus attendu de l'histoire du hip hop.. Et pourtant, en dépit de quelques moments d'anthologie, de bons singles et d'un packaging irréprochable, l'album, trop ambitieux, trop long et finalement mal nommé, en avait déçu plus d'un. Plutôt bon dans l'ensemble, mais bien en deçà des chefs œuvres précédents du collectif et de ses brillants membres, il avait aussi inauguré une série d'albums en demi-teinte, médiocres, voire carrément nuls, et annoncé l'inexorable déclin du Clan.

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Trois ans après, le contexte est bien différent, les espérances beaucoup plus modestes. Pourtant, l'année 2000 a laissé percer quelques signes de renouveau : le Supreme Clientele de Ghostface Killah en début d'année, la BO de Ghost Dog par RZA (tous deux enregistrés en 1999 d'ailleurs), et surtout les irréprochables singles de ces derniers mois, "The Jump Off" et "Gravel Pit". Tous deux laissaient supposer que RZA et les siens avaient entendu leurs fans de la première heure, qu'ils escomptaient revenir au son de "Protect ya Neck", leur premier single, à celui de leur premier album. Et à nouveau, il était pour la énième fois question d'une renaissance du Clan. L'écoute de The W oblige à un peu plus de nuances et de sang froid, mais le troisième album de Clan au complet confirme effectivement l'impression favorable laissée par les derniers singles et donne un coup d'arrêt à son déclin.

La raison de cette regénérescence relative est simple : le Wu-Tang retrouve avec The W les réflexes maladroits mais volontaires d'un jeune groupe. C'est flagrant dès la pochette, logo assez immonde, sans doute fabriqué en cinq minutes par un designer en herbe. Ca l'est encore plus avec les nouveaux morceaux, bancals, déséquilibrés, aux faux airs de brouillons. Le tout semble bâclé, mais regorge d'idées et de poigne. Il n'y a qu'à écouter le génial et très expérimental "Careful", son beat lent et lourd, ses sons étranges, son vague thème atmosphérique et oriental en arrière plan, la brusque intervention de cuivres en plein coeur du morceau, pour s'en rendre compte. Et avant même, sur "Chamber Music", dans le prolongement de l'intro, des rythmes étranges et une voix lointaine en fond sonore rappellent le Wu des premiers jours.

Heureusement que les voix familières des MC's, la vieille thématique kung-fu et les collaborateurs archi-connus rappellent que le Wu est un vieux groupe, une institution. Parmi ces invités les habituels et syndicaux Redman (sur le synthétiseur de "Redbull") et Busta Rhymes (un "The Monument" en plusieurs mouvements), de toutes façons présents sur 75% des albums hip hop qui sortent sur des majors. Mais aussi, très curieusement Snoop Dogg, sur "Conditioner", en duo avec Ol'Dirty Bastard, seul morceau auquel le cinglé du Clan participe pour cause de cure de désintoxication. Curieux, à premier abord, le titre met en scène un ODB qui s'efforce de rapper de façon aussi cool que son lymphatique partenaire. Et bizarrement, ça marche.

Les autres invités ne sont pas des rappeurs. Côté soul, Isaac Hayes s'associe avec Ghostface, de plus en plus à l'aise dans le registre de la complainte soul (il le prouve aussi sur l'excellent "Hollow Bones") au cours d’un somptueux "I can’t go to Sleep" qui recycle merveilleusement le classique "Walk On By". Le contraste entre les deux voix, celle exubérante et démonstrative de GFK, et celle plus grave et plus nonchalante de l’illustre scientologue, s’accordent aux mieux avec les cordes magistrales du titre, sans doute le plus accessible et le moins surprenant de The W. L’autre invité provient quant à lui, plus surprenant, de Jamaïque... Il s’agit de Junior Reid, lequel livre une version revue et corrigée par RZA de son "One Blood". Le même clôt l’album avec "Jah World", qui commence comme un reggae rap lourd et menaçant, parsemé de bruits de guerres, puis relayé par un autre morceau, plus inquiétant encore et offensif, dans un genre où le Wu s’est déjà illustré.

Tous les titres mentionnés jusqu’ici sont bons, à des degrés divers. Les autres sont les deux excellents singles qui ont précédé l’album, "Protect ya Neck (The Jump Off)" et "Gravel Pit", et d’autres passages plus contestables. Au nombre de ces ratés, un ‘Let my Niggas Live’ dépouillé, minimal à souhait mais qui s'éternise et que Nas, autre artiste déchu, ne parvient pas à animer. Mais aussi "You Really (Than Thang)" titre assez conforme au son du Wu deuxième période, à la boucle particulièrement facile et lourdingue, gros ratage et très moche verrue de The W. Dommage, il dure près de cinq minutes.

Au total, personne ne peut dire si l’aspect bâclé, crade et vite ficelé de l’album est volontaire ou pas, s’il a été fait trop vite ou dans un véritable souci de retour aux origines. Mais peu importent ces imperfections, la réaction du RZA, notamment parce qu’il privilégie un format court, semble ici tout à fait saine. La thérapie appliquée à son super-groupe est radicale, mais il avait sans doute besoin de cette saignée. Au jour où l’on a fait son deuil du Wu-Tang Clan, celui-ci revient, moins flamboyant qu’auparavant, émacié, amaigri, comme épuisé par un régime draconien. Mais en meilleure santé. Welcome back, guys.

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4/5

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Commentaires

1. Le jeudi 12 mars 2009, 17:12 par etienne

Tu avais parlé des maxis précédant l'album je crois.
Je l'aime beaucoup cet album, plus que Wu-Tang Forever, il vieillit mieux, il est moins surproduit, plus brut, plus wu peut-être

Sinon j'aurai toujours un regret avec ODB, l'entendre rapper tout un album sur des sons g-funk.

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