MOS DEF & TALIB KWELI - Are Black Star
Par codotusylv le lundi 18 janvier 1999, 22:09 - Hip-Hop - Lien permanent
Moins radical et novateur que Company Flow, moins riche en choc et en surprise, le projet Black Star n'en confirme pas moins que Rawkus est aujourd'hui le label hip-hop à surveiller de près.

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L'album Mos Def & Talib Kweli are Black Star fut, de l'avis général, le plus intelligent de l'année 98. Telle était bien l'intention de Mos Def, étoile montante du hip hop underground, et de Talib Kweli, de Reflection Eternal, tous deux issus de l'écurie Rawkus. En proclamant d'emblée leur intention de débarrasser le rap de ses scories gangsta et racoleuses ("we feel that we have a responsibility to shine the light into the darkness"), les deux brillants MC's ont produit l'album le plus représentatif de l'ère du hip hop "post-playa", celui d'après les branleurs.
Plongeant fièrement ses racines dans l'art lyrique des Last Poets, dans un afro-centrisme réfléchi (Black Star fut le nom du projet de rapatriement des noirs américains en Afrique mis en place par Marcus Garvey), dans le rap positif des Native Tongues (auxquelles Mos Def est affilié) et dans le meilleur reggae (la pochette, le titre "Definition"), le duo Black Star a réussi à porter très haut le principe d'un "conscious rap" farouchement hostile à toutes les dérives récentes du hip hop.
Même si l'auditeur francophone risque de perdre bonne partie des prouesses lyriques des deux MC's de Brooklyn, force est de reconnaître que le duo est parfaitement complémentaire. A Mos Def, le rôle du redoutable performer, à Talib Kweli, celui du poète fragile et introverti. La production, elle, est laissée à toute une escouade de collaborateurs : l'excellent DJ Hi Tek signe les compositions les plus marquantes, et 88 Keys, Mr. Walt ou Talib Kweli lui-même, se partagent avantageusement le reste. Seul le travail de Shawn J. Periods, trop lisse, laisse parfois à désirer.
Par sa faute, peut-être, Black Star n'est pas le classique intégral dont certains ont parlé. On se souviendra pourtant longtemps d'une pure splendeur comme cette ôde à la ville qu'est "Respiration" :
So much on my mind
that I can't recline
blast the holes in the night
'til she bled sunshine
breath in
inhale the vapors from bright stars that shine
breath out
weed smoke retrace the skyline
heard the bass ride out like an ancient mating call
I can't take it yall
I can feel the city breathing
Sans doute l'un des titres les plus puissamment évocateurs jamais livrés par le hip hop.