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NICK CAVE & THE BAD SEEDS - The Good Son

, 22:59 - Lien permanent

En 1990, la période berlinoise de Nick Cave vient de s'achever. L'australien a quitté la ville allemande un an plus tôt, quelques mois avant la chute du Mur. Fermement décidé à repartir du bon pied et à laisser derrière lui ses éternels problèmes de drogue, il s'installe à Sao Paulo. La même année voit son statut et sa célébrité conforté, tant sur le plan musical que sur le plan littéraire, son dernier roman, And The Ass Saw The Angel, remportant un inattendu succès commercial et critique. La même année sort The Good Son, disque mineur pour certains fans, mais pour d'autres, dernier épisode d'une période faste entamée quelques années plus tôt avec Kicking Against the Pricks.

NICK CAVE & THE BAD SEEDS - The Good Son

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Ce dernier album est le contrepoint presque parfait de son prédécesseur, le plus qu'essentiel Tender Prey. Ravalant sa colère, Nick Cave tente avec un The Good Son sous forte influence brésilienne de transcrire en musique le sentiment d'ennui et de langueur que traduit le terme "saudade". Pas de samba, donc, sur cet album. Nick Cave n'est pas tombé sur la tête. Mais une torpeur et un faux calme symbolisés par les fillettes qui ornent la pochette. Une pléïade de musiciens brésiliens aux cordes. Et un peu de portugais sur le refrain du paisible "Foi Na Cruz", accompagné de choeurs et de violons.

A plusieurs reprises, se retrouvent des odes très orchestrées, avec plus ou moins de bonheur. Sur le superbe "Sorrow's Child", sur un "Lucy" dont le piano laisse finalement la place à un harmonica, avec le xylophone de "Lament", ou un poil moins convaincant, sur "The Ship Song". Quelquefois, les mêmes hymnes se transforment en lamentations chantées en choeur, comme sur "The Weeping Song".

Mais cet assagissement n'est qu'un rideau de fumée : le Nick Cave colérique n'est jamais loin. On le retrouve dès le couplet de "The Good Son" : gospel, influences américaines et voix tourmentée, à peine interrompus par les lamentations d'un refrain tout en cordes. On le retrouve encore, la gorge nouée, sur la bien nommé "The Hammer Song", sans rapport avec le morceau du même nom sur Kicking Against the Pricks. Enfin, il se livre sur "The Witness Song", sur fond de claps et d'orgues, à l'un de ces gospels enjoués auxquels il s'est déjà adonné.

Par moment trop lisse, The Good Son n'égale pas Tender Prey, ni même Kicking Against the Pricks. Il consacre néanmoins l'entrée de Nick Cave parmi les plus grands, le libérant de son image de Grand Méchant Loup du rock. Il démontre aussi une palette de talents qu'envierait sans doute plus d'un artiste jugé majeur. Bref, avec The Good Son, Nick Cave et ses Bad Seeds entrent fièrement dans des 90s où, contrairement à d'autres dinosaures punks, ils ne seront jamais ridicules.

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